L’envers du décor, quelle Guadeloupe derrière le paradis des cartes postales ?

La Guadeloupe ne laisse personne indifférent. Surtout nous, qui avons adoré nos séjours là-bas (lire ou relire notre carnet de voyages Guadeloupe, un goût de paradis ?). Les plages y sont magnifiques et font rêver n’importe qui. Le mélange sable blanc et végétation luxuriante qu’offre l’île papillon est tout simplement unique.

Cependant, en creusant un peu, on peut percevoir de nombreux signes de tension et de nombreux problèmes derrière cette image de paradis touristique…

 

Derrière les plages de sable fin et les hôtels avec piscine à débordement se trouve une Guadeloupe trop souvent ignorée : pauvre, divisée, parfois paralysée par les grèves diverses et victime d’une violence inégalée en métropole.

 

Une réalité sociale cruelle

La réalité sociale de l’île-papillon, c’est  21% de bénéficiaires du RSA (contre 6% dans l’Hexagone), 61% de bénéficiaires d’allocations, 21% de bénéficiaires de la CMU (couverture maladie universelle) et 11 000 demandes de logement social en instance, 22% de chômeurs (55% chez les – de 25 ans).

Cette pauvreté est accentuée par un coût de la vie supérieur à la métropole. D’une part à cause de la spéculation immobilière (il est plus intéressant de louer à des touristes qu’à des locaux, d’où une hausse du coût des loyers) et mais aussi à cause du coût de l’import des marchandises. Voici quelques exemples de différence de prix entre la métropole et la Guadeloupe : +42% pour l’eau minérale ; +50,8% pour un rumsteack ; +93% pour une plaquette de beurre ; +113,8% pour des biscottes ; + 173% pour une boîte d’haricots verts. Les abonnements TV et téléphone sont également beaucoup plus cher. Sans parler de l’essence, électricité etc…

Au quotidien, les Guadeloupéens subissent de nombreuses grèves d’eau et d’essence. En 2009, l’île a été bloquée pendant 1 mois et demi. Ma compagne y a vécu moins de 5 ans et a connu 4 grèves d’essence et 7 grèves d’eau (coupures partielles ou totales pendant plusieurs semaines).

 

Une violence insoupçonnée

Si les touristes ne se rendent souvent pas compte de la violence sur l’île, celle-ci est pourtant beaucoup trop présente. En 2015, 45 meurtres ont été enregistrés en Guadeloupe et à Saint-Martin. Il s’agit du record de France. Depuis des années, c’est le département le plus meurtrier. On peut légèrement relativiser en précisant qu’environ 25% de ces crimes ont lieu à St-Martin, une île qui fait partie de l’archipel de la Guadeloupe au profil très particulier, où les règlements de compte sur fond de trafic de drogue sont légion. Cependant, les chiffes restent supérieurs à ceux de Seine-Saint-Denis ou des Bouches-du-Rhône… Les chiffres concernant les vols, les braquages ou les viols sont également très mauvais.

Ces meurtres concernent principalement les locaux. Règlements de compte, différents familiaux, le tout aggravé par la consommation excessive de rhum et la présence d’armes à feu, voilà le cocktail explosif qui mène à cette situation. Pour les fans de « J’irai dormir chez vous« , le héros de la série-documentaire se retrouve au milieu d’une fusillade dans les Antilles, revoir ce moment nous plonge dans la réalité de cette violence insoupçonnée.

 

Ressentiments et injustice chez les « locaux »

Pourtant, il y a de nombreuses personnes aisées en Guadeloupe. Mais la plupart de ces riches vient de métropole ou en est originaire. C’est d’ailleurs une source de tension. Comme dans beaucoup d’endroits touristiques, les locaux se sentent malheureusement dépossédés.  Trop peu de locaux bénéficient des retombées du tourisme et la plupart sont cantonnés dans des postes peu valorisés. Ressentiments et injustice sont ressentis parfois en flânant dans Pointe-à-Pitre où parfois, le touriste n’est pas forcément vu d’un bon œil. D’ailleurs Pointe-à-Pitre pourrait être, en fait, le vrai miroir de la Guadeloupe. Une ville dynamique, jeune mais dont l’entrée se fait en passant au milieu de petites cahutes de fortune où se poste parfois une prostituée, où le port est submergé de touristes au rythme des passages des bateaux de croisière et où on croise de nombreux individus crackés, errant dans les rues sous le regard de jeunes désœuvrés.

 

Des « métros » aux profils variés

Les métropolitains installés en Guadeloupe snobent un peu les touristes (ils sont tellement plus malins, puisqu’eux vivent au soleil!) et cherchent soit à gagner un maximum d’argent en profitant du tourisme (ceux-là sont surtout en Grande-Terre, il suffit d’aller sur la marina de St-François pour en voir plein) soit à vivre au mieux à un rythme cool au soleil (ces derniers sont par exemple en Basse-Terre dans un projet de vie plus « écolo »). Ce sont les métros qui possèdent l’immense majorité des meublés ou villas à louer et la plupart travaillent dans le tourisme et/ou le commerce. On trouve également des fonctionnaires, attirés notamment par la sur-rémunération de 40%.

Dans les endroits où j’ai pu me rendre, j’ai remarqué une absence quasi totale de mixité entre les locaux et les « métros ».

 

En grattant le vernis, on découvre une Guadeloupe malheureusement loin des images paradisiaques qu’on a en tête. Entièrement tournée vers le tourisme, un esprit colonial semble toujours prédominant. Laissant dans la précarité, la pauvreté et le ressentiment la majorité des locaux. De nombreux plans ont été menés par les gouvernements successifs pour tenter de réduire la pauvreté et les inégalités, malheureusement les effets ne sont pas aussi efficaces que souhaités.

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2 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. Cindy C. dit :

    J’ai de la famille en Guadeloupe (née sur l’île) et il est vrai que les touristes voient rarement cette facette de la Guadeloupe. On en parle si peu en fait… C’est triste de voir que la France met de côté les problèmes rencontrés dans les DOM-TOM.

    1. C’est assez terrible de constater que tous les problèmes évoqués ici sont souvent ceux des destinations les plus ensoleillées. D’un autre côté, on peut se féliciter du fait qu’elles aient le tourisme pour apporter un peu de travail et de richesse.

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